Never let me go // IGLOO Jazz Classics edition

L'itinéraire musical de Jacques Pelzer est indiscutablement hors du commun. Ce premier alto bebop d'Europe, selon les termes de Django Rheinhardt lui-même, a passé plus de cinquante ans déjà au service d'un jazz de qualité supérieur, d'une esthétique jamais frelatée.

Des amitiés nouées au sein de ce Gotha du jazz qu'avait évoqué à son propos Léo Souris dans le "Dictionnaire des Belges". Rarement titre d'album aura eu résonance plus pathétique au terme d'une année particulièrement noire: c'est pour léo que Jacques jouait ce thème dans les derniers concerts auquels il a pu assister. "Never let me go" immortalise un somptueux acquis musical et prouve à ceux qui parlent de standards sur un ton péjoratif qu'il existe encore dans ce répertoire une mine de diamants pour ceux qui savent les jouer avec le feeling approprié, ceux qui font parler l'émotivité du cœur.

Ils ne sont pas nombreux ceux qui peuvent se permettre de rassembler des pointures du calibre de celles présentes à cette séance, excusez du peu:
Barney Wilen
, le plus grand ténor européen vivant, l'ami de longue date, la classe à l'état pur; 
Michel Graillier
un des plus brillans pianistes de notre continent, dans le peloton de tête depuis plus d'une dizaine d'année, proprement éblouissant; 
Eric Legnini
, l'étoile montante, qui apporte son précieux concours démontrant que la relève est bien assurée.

Ajoutez-y Bart De Nolf, contrebassiste à la force tranquille et Micheline Pelzer dont on peut mesurer attentivement toute la finesse et le tableau est complet, c'est un tableau d'honneur. La musique livrée ici est d'une beauté confondante. Du swing le plus irrésistible au lyrisme le plus sublime et le plus épuré, rien ne manque pour faire de cet album un chef d'œuvre achevé. Jacques Pelzer forever! NEVER LET HIM GO!
Guy Masy (1990)