Secret Laughs

Artists

Date de sortie: Mar 2012
Prix: 15,0€
Ref: IGL234

Avec Félix Simtaine, je fus un de ces gosses nourris aux accords d' "ln The Mood". Trop jeune pour les années exubérantes entre 1945 et 1955 et déjà trop âgé pour ce qui est arrivé en mai 1968. Néanmoins, nous avons été parmi les rares adolescents à fréquenter le premier Festival de Comblain-la-Tour le 2 Août 1959. A cette époque, nous avions rencontré Bobby Jaspar, René Thomas, Jack Sels, Maurice Simon et d'autres amis du musicien-pharmacien Jacques Pelzer. Nous avons beaucoup aimé le jazz pendant ces années essentielles: l'après-Parker et la période pré-Coltranienne. Dès 1960, nous avons  désespérément cherché dans notre petite Belgique des gens porteurs de l'incomparable tradition jazz  établie par nos aînés tels que Robert Goffin (premier critique dans l'histoire du jazz), Bobby Jaspar (premier musicien blanc à jouer avec Miles Davis) et tant d'autres. Heureusement les étoiles montantes comme Félix Simtaine, Bruno Castellucci et Philip Catherine surgirent de l'obscurité.

En 1960, Charles Loos avait neuf ans. Vingt bonnes années plus tard, je suis fier d'écrire qu'il n'est pas le seul musicien belge à s'être classé parmi les meilleurs, mais Charles est l'un des plus grands, l'un des plus talentueux et surtout l'un des musiciens les plus sensibles. Son approche musicale me rappelle parfois Thelonious Monk, mais surtout Bud Powell et les "notes bleues" · (Dieu sait combien j'aime Bud Powell!). Pour illustrer ces propos, écoutez "Solar": Charles, compositeur et arrangeur, est aussi un "harmoniste harmonieux" du piano. Cet enregistrement dévoile son romantisme et sa fraîcheur: ce pourrait être l'âme d'un jeune garçon qui vient de recevoir la Sainte Communion. Plutôt que d'utiliser cette image naïve je ferais mieux de décrire le climat: c'est un album honnête pour une pas si honnête nuit d'été!

Ecoutez "Valse de la mort»! Il commence tranquillement, pacifiquement et tout d'un coup, nous atteignons le point culminant, un coma avancé, les dernières secondes du compte à rebours, le grand escalier vers le  ciel, où l'archange Riccardo vous accueille... puis suit le grand toboggan en enfer où Lucifer Simtaine rugit...  Charles repentant, pense que son salut proche. Je serai damné, mais c'est quasiment ça!

Retrouver Félix Simtaine sur le tabouret du batteur dans cet album pourrait étonner ceux qui pensent qu'il s'agit simplement d'une bonne machine à swing. J'ai toujours affirmé que Félix à le son le plus "black" des batteurs Belgique. En plus d'être excellent dans le lancement de solistes, il a aussi beaucoup de "sexualité" dans son jeu. Charles, qui pense  la même chose, lui a donné l'occasion de montrer toutes ses qualités. Il est le lien parfait entre le piano et la basse.

Riccardo Del Fra joue avec Charles Loos depuis plus d'un an. Cet excellent bassiste italien qui  vit à Paris aquelques réfrences. Il a accompagné les grands noms du jazz tels que Chet Baker, Didier Lockwood, Kenny Wheeler ou Paul Motian. Un musicien très mélodique et sensible, constamment sur la même longueur d'onde que Charles et toujours prêt à assumer sa part du dialogue avec ses collègues musiciens. Je n'ai pas assez de place pour vous dire à quel point cet album est bon et ô combien cette musique évoque les contes fantastiques écrits par Michel De Ghelderode. Ecoutez "Secret Laughs", un dialogue entre trois fanfarons qui ont du mal à cacher leur jeunesse exubérante derrière leurs sourires vantards. Ecoutez l'unité sonore de "Theme For Leo" dédié à Léo Souris et la vigueur expressive de «Growlin'Face". Et maintenant, s'il vous plaît ne me dites pas que vous ne pouvez pas sortir de vos pantoufles pour aller écouter le trio Charles Loos!
Merci Charles!
Jean-Marie Hacquier

Tracks

  1. 6:06 Solar (Miles Davis)
  2. 6:50 Snameleiht
  3. 8:04 Secret Laughs
  4. 6:21 Growlin'Face
  5. 9:52 Valse De La Mort
  6. 5:40 Theme for Leo
Durée totale 0:42:53