L' Afro Oriental Jazz Trio. Rencontre avec Majid Bekkas.

J : Journaliste
MB : Majid Bekkas

J : Tu viens de sortir un nouvel album qui mélange plein de styles différents, tu as toujours fait ça?
MB : Oui j'ai toujours fait ça, depuis mon premier enregistrement, à la base, c'est un mélange entre la musique Gnaoua et marocaine. Mais il n'y a pas que de la musique Gnaoua dans ma culture, en tant que marocain j'ai des influences africaines mais aussi arabes, c'est pour ça qu'on retrouve tout ça dans ma musique. Et depuis mon premier enregistrement c'est toujours dans ce sens là que je vais; le sens de l'ouverture, du dialogue entre le Maroc et le monde.
J : Et cette volonté de dialoguer entre les cultures et que les musiques se rencontrent... D'où cela vient-il?
MB : Ça a toujours été comme ça et cela va continuer, je trouve que c'est normal. J'essaye de montrer le Maroc via sa diversité, et sa communication avec le monde.
J : Parle nous un peu d'Al Qantara – c'est le travail de toute une vie?
MB : Vu sa situation géographique, mon pays est un carrefour de civilisations entre les cultures africaines, européennes et du monde arabe. Historiquement le Maroc a des liens très profonds avec beaucoup de cultures. Et l'histoire y est pour beaucoup. On retrouve donc au Maroc des liens avec la culture africaine, européenne. Al Qantara, c'est le pont entre ces cultures.
J : Et les musiques berbères? Ce sont les vraies musiques qui viennent du Maroc?
MB : Les berbères font partie de cette diversité. Le Maroc est arabe, berbère et africain en même temps. C'est donc normal qu'on y trouve une particularité berbère. J'essaye dans ma musique de représenter tous ces styles.
J : Maintenant tu fais ton trio Al Qantara. Mais cela fait des années que tu joues avec des artistes qui font du jazz. Dans quelles mesures ça a nourri ton univers?
MB : Bien sûr, ça le nourrit dans le sens où dans la musique, il y a toujours une base écrite. Mais à part ça, il y a une part d'improvisation qui est essentielle pour moi ; cela donne une sorte de liberté d'expression qui se détache de la partie écrite et c'est cette liberté qui m'a beaucoup marqué dans le Jazz. Dans le projet Al Quantara, il y a des compositions plus classiques, des thèmes traditionnels mais j'ai pensé à Manuel Hermia par exemple, qui est un musicien de jazz (et c'est pour ça que je
l'ai choisi) : l'improvisation est essentielle et c'est quelqu'un qui a aussi une culture orientale. Même chose pour Khalid Kouhen qui connait les rites marocains et orientaux. De plus, tout comme moi, ce sont des gens qui s'intéressent beaucoup aux autres cultures. Des cultures que je connais moi-même plus ou moins bien (comme la culture indienne). Toutes ces influences, j'en avais besoin et c'est pour cela que j'ai proposé ce projet. Celui-ci a commencé en 2011 pour moi, je m'en souviens, le 04 Avril : le jour de mon anniversaire. J'ai eu en tête l'idée que mon prochain enregistrement serait avec ces musiciens là. J'ai trouvé cet échange très riche, très équilibré, très varié. On y retrouvait toutes les couleurs, et mes partenaires et moi nous complétions. Qui plus est, il y a une amitié qui s'est installée entre nous. Et c'est très important, parce qu'il y a la musique
mais il y a aussi l'amitié.
J : Le résultat donne un jazz qui a toute une série de saveurs un peu nouvelles dans l'histoire du jazz. Tu ne penses pas que s'étendre vers de nouvelles cultures et élargir le spectre d'influence est le mouvement naturel vers lequel le jazz est appelé?
MB : Le jazz est de nature diversifiée. Il vient d'un apport européen , africain et américain. En son essence, il est mélangé. C'est le mélange d'une multitude de facteurs qui a donné lieu au jazz et ce que je fais, c'est dans ce sens là, c'est une ouverture, un dialogue entre les cultures. Et en ajoutant à cela l'aspect humain qui nous relie, cela ne peut que réussir.

 

30 janvier 2014 sowarex

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