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Diederik Wissels

Né le 6 décembre 1960 à Rotterdam (Pays-Bas)

Complice de longue date de David Linx au point que leurs noms paraissent indissociables, Diederik Wissels s’est affirmé parallèlement à sa collaboration étroite et suivie avec le chanteur comme un pianiste sensible et un compositeur à l’univers raffiné empreint de références classiques, typique de certain jazz européen.

Né aux Pays-Bas, il débute le piano à l’âge de cinq ans, évoluant dans une famille où jazz et musique classique sont mis sur le même plan. Son père, très mélomane, joue des standards. Après l’installation de sa famille en Belgique, il reçoit des leçons de son aîné Michel Herr. De 1978 à 1981, il est étudiant au Berklee College of Music de Boston. Il y apprend les « bases », l’histoire de la musique, la pratique de l’arrangement et de la composition. Parmi ses condisciples se trouvent Diana Krall et David Kikoski. A son retour en Belgique, il s’investit sérieusement dans le jazz et, ayant bénéficié de l’enseignement de Kenny Drew et John Lewis, devient un musicien très sollicité. Avec David Linx, alors batteur, qu’il a connu lorsqu’il prenait des cours avec son père, Elias Gistelinck à l’école de musique de Hoeilaart, il forme une section rythmique que complète le contrebassiste Hein Van de Geyn. Tous trois ont alors l’occasion d’accompagner de grands jazzmen américains, expatriés de longue date ou solistes de passage, tels que Ernie Wilkins ou Mark Murphy. Par la suite, le pianiste jouera aussi auprès de Chet Baker, Junior Cook ou Joe Henderson… Son talent est également remarqué par des musiciens belges tels que le vibraphoniste Guy Cabay (1984), le guitariste Philip Catherine (1986) ou encore le saxophoniste Steve Houben avec lequel il forme un trio qui enregistrera au fil du temps plusieurs albums (dont « City of Glass », 1989). Il s’associe également au saxophoniste américain Larry Schneider qui, à cette époque, est fréquemment présent sur la scène européenne : ils cosignent un disque en 1987. En 1990, il forme un trio avec le contrebassiste Philippe Aerts et le batteur Jan de Haas, un complice de longue date (« Tender is the Night »). Son jeu laisse entendre l’influence qu’a eue sur lui Bill Evans.

Au début des années 1990, Diederik Wissels renoue avec David Linx qui a délaissé la batterie pour se consacrer au chant. C’est le début d’une collaboration durable et prolifique qui, en Belgique puis en France, rencontre progressivement un succès critique et public. Elle va de pair, chez le pianiste, avec un désengagement des formes les plus traditionnelles du jazz et l’affirmation d’une démarche plus personnelle. Combinant des talents de compositeurs, paroliers et interprètes, Linx et Wissels développent un style hautement original qui emprunte au jazz son expressivité et ses usages d’improvisation sans tomber dans les stéréotypes du jazz vocal sur un répertoire original. Enregistrés avec plusieurs musiciens qui incarnent, comme eux, le renouveau de la scène belge, les albums « Kamook » (1992) et « If One More Day » (1993) sont suivis par « Up Close » (1995) et « Bandarkâh » (1998) qui leur permettent de séduire le public français. Parfois simplement en duo, en quartet ou bien accueillant divers invités tels que Marc Ducret ou Kenny Wheeler, leur association se renouvelle au travers de différentes formules orchestrales. En 2001, ils collaborent avec Paolo Fresu pour réaliser le disque « Heartland » qui intègre les couleurs d’un quatuor à cordes.

Parallèlement à son importante activité avec son ami chanteur, Diederik Wissels poursuit une œuvre personnelle dans laquelle se déploie son écriture. Marqué par sa découverte de la musique de Daniel Goyone, entre jazz et impressionnisme classique, il enregistre plusieurs disques qui témoignent d’un large panel d’influences musicales. Deux disques pour le label Igloo, « The Hillock Songstress » (1994) et « From This Day Forward » (1996), affirment un univers chargé de poésie que ses atmosphères diaphanes inscrivent dans la filiation du quartet « européen » de Keith Jarrett et l’œuvre de Jan Garbarek : le pianiste y exploite les timbres instrumentaux, peu usuels dans le jazz, du bandonéon, de la voix humaine, du violon et des percussions. En 2000, signe d’un champ de références élargi, il mène le projet « Silent Song » sur des œuvres du compositeur catalan Frederico Mompou. L’année suivante, il forme le groupe Streams avec le saxophoniste Bart Defoort. Enregistré en 2003 avec de nombreux invités, « Song of You » réaffirme l’originalité de son écriture et l’intérêt de Diederik Wissels pour les associations de timbres, ses pièces faisant appel au violoncelle, à l’harmonica ou encore aux guitares et mandolines d’Olivier Louvel.

Après l’album « This Time » (2003) en quartet avec Christophe Wallemme et Stéphane Huchard, deux musiciens français, Diederik Wissels et David Linx renouvellent leur association avec « One Heart, Three Voices » (2005) dans lequel la voix du chanteur belge se combine, dans des pièces en duo ou en trio parfois chantées a cappella, avec celles de consœurs, l’italienne Maria Pia de Vito et la néerlandaise Fay Claassen. Wissels en est l’arrangeur clairvoyant. Deux ans plus tard, ce dernier signe un album en solo dans lequel se répondent ses talents d’improvisateur et de compositeur.

Vincent Bessières