Manou Gallo

Talentueuse percussionniste, Manou s’est imposée en quelques années comme l’une des rares chanteuses-bassistes sur la scène internationale sous le sceau du groove et de l’authenticité. Sa grande souplesse rythmique et l’originalité de son jeu de basse ont fait d’elle une artiste totalement atypique.

Après 4 ans passés à sillonner les routes d'Afrique, d'Amériques et d'Europe et donner plus de 250 concerts, Manou Gallo nous revient avec un troisième opus musical plus acoustique et intimiste, intitulé tout naturellement LOWLIN, « voyage » en langue Dida.

Un voyage qui nous entraîne dans son univers chatoyant, tissé de soul, de funk, de reggae et de musiques authentiques de l’Afrique de l’Ouest.

Manou Gallo a été désignée par les MAMA Awards 2009 (MTV Africa) comme la “meilleure artiste scène de Côte d’Ivoire 2009"

Divo. Une petite ville, au Centre Ouest de la Côte d'Ivoire, berceau des racines du peuple Djiboi. C'est là que Manou Gallo naît le 31 août 1972. Élevée par sa grand-mère qui veille sur elle comme sur sa propre fille, Manou est plutôt du genre autonome. "À cette époque, je vivais comme une petite sauvageonne. J'aidais aux travaux des champs, je puisais de l'eau. Je n'allais pas à l'école, mais ma grand-mère m’a appris la tradition, le respect, les valeurs." On l'imagine bien, Manou, avec un petit caleçon pour tout vêtement, ses grands yeux rieurs, des poux pleins la tête, grimpant sur les manguiers et courant librement dans les ruelles de Divo. En attendant ses amies à la sortie de la classe, Manou bat la mesure, frappe ses cuisses, tape des pieds, ponctue le tempo de la voix : le rythme, c'est son obsession. "Toute petite déjà,  je passais de cour en cour, ces lieux où chaque famille se retrouve quotidiennement pour cuisiner, chanter, bref pour vivre ensemble. J’y retrouvais mes copines et inévitablement, à un moment ou à un autre, on se mettait à chanter, à danser, à taper sur des boîtes en fer blanc." C'est la tradition en Côte d'Ivoire de faire de la musique, à l’occasion d’un enterrement, d’une naissance, pour célébrer la venue de jumeaux, mais aussi pour chaque petit événement de la vie quotidienne : à Divo, ce sont les rythmes traditionnels Djiboi qui ponctuent l'existence. Une existence rudimentaire sur le plan matériel, mais pleine de chaleur et où l'on vit bien dans sa tête.

C'est précisément à l'occasion d'un enterrement, pour lequel le percussionniste qui devait jouer n'arrive pas, que Manou se fait remarquer: traînant toujours derrière elle un petit tabouret, elle s'avance vers ces énormes tambours que sont les tambours parleurs (Atombra en langue dida, le dialecte du peuple Djiboi). Elle se hisse à la hauteur de la peau tendue et se met à battre, avec une maîtrise étonnante. Au cœur du village Bada, qui est la partie la plus ancienne de Divo et où la tradition est restée la plus vive, c’est la stupéfaction.

"Tout le monde était vraiment étonné, un peu choqué aussi car les femmes n'ont pas le droit de toucher ces tambours. Quelque part, on me prenait pour une petite sorcière. Ma grand-mère me soutenait : à cette occasion, elle m'a d'ailleurs expliqué que ce don m’avait été transmis en songe par sa propre mère, décédée le jour précis de ma naissance. Quand, à 8 ans, je m'installe pour jouer du tambour lors de cette cérémonie, je sens cette force de mes ancêtres au bout de mes doigts."

Les années passent et Manou grandit, toujours à Divo, vendant des oranges et développant sa maîtrise du rythme chaque jour un peu plus. "Ma vie était toute tracée à Divo : elle semblait ne pas devoir sortir du rail. Et pourtant…" Chaque été, en Côte d'Ivoire, des rencontres qui rassemblent des participants venus des quatre coins du pays sont organisées, affin de créer une émulation artistique parmi la jeunesse : il s'agit de Vacances-cultures. En 84, alors qu'elle a 12 ans, Manou participe à son premier spectacle. C'est aussi la première fois qu'elle quitte Divo. Le spectacle qui a été monté avec d'autres enfants de la petite ville s'inspire de son histoire : il raconte la vie de cette petite sorcière qui reçoit le pouvoir de jouer du tambour. La pièce fait un véritable tabac.

Chaque fois que Manou se produit sur scène, l'étonnement et l'admiration sont au rendez-vous.  À Divo, régulièrement, le maire la convoque quand il a des invités. "Joue, Manou, joue et donne-toi à fond." Et Manou donne tout ce qu'elle a dans les tripes. À l'époque, le fils du maire s'occupe d'un groupe de musique ivoirienne, le groupe "Woya". Les musiciens, originaires d'Abidjan, sont venus s'installer à Divo : là, ils font la démonstration que l’on peut faire de la musique et cultiver la terre. Une sorte d’exemple pour encourager le retour des jeunes vers les campagnes.

"En 85, on me demande si je veux faire partie de "Woya" : j'étais la petite qui entamait le concert avec les tambours parleurs. Ensuite, je me contentais de taper sur une cloche tout au long du spectacle. Mais c'est là que j'ai découvert les instruments modernes : la batterie, la basse, la guitare, en compagnie de celui qui deviendra mon père spirituel et qui jouera un rôle déterminant dans ma vie : Marcelin Yacé, musicien et chef d'orchestre du groupe."

Très vite, Woya devient célèbre dans toute l'Afrique de l'Ouest. De 85 à 89, le groupe fait de nombreuses tournées (au Burkina Faso, Mali, Togo, Bénin) et enregistre quatre CD. Et pendant ce temps, Manou emmagasine les expériences. Quand le groupe Woya est dissous, la jeune fille suit Marcelin Yacé à Abidjan. Il la prend sous son aile, lui offre sa première basse, l'initie aux prises de sons dans son studio pendant trois ans. "Je ne pensais qu'à la musique. Je n'avais qu'un seul but : devenir musicienne à part entière et j'y mettais toute mon énergie." De 1993 à 1996, Marcelin l'envoie parfaire ses connaissances artistiques au village panafricain de Ki-Yi-Mbock, où elle intègre la troupe de théâtre, s'initie à la danse et participe à l'enregistrement d'un nouveau CD produit par Ray Lema. En 1992, lors du MASA à Abidjan, un marché international qui a pour but de présenter des créations artistiques en provenance de toute l'Afrique, Manou rencontre Michel De Bock, tour manager et éclairagiste du groupe Zap Mama. Ils se revoient plusieurs fois au village Ki-Yi et le courant passe.

Le courant passe à tel point que lorsque Michel De Bock apprend que Marie Daulne, leader des Zap Mama, recherche un bassiste pour son groupe, il pense directement à la jeune ivoirienne et la fait venir en Belgique. Manou Gallo débarque le 3 janvier 1997, à 8h00 du mat', sur le tarmac de Zaventem avec sa basse et son djembé. La partie n'est pas gagnée car Marie Daulne revient d'Indonésie et a déjà des vues sur un musicien. "L'arrivée à Bruxelles m'a causé un choc. Un choc thermique. Car il neigeait.  Je suis arrivée à la répétition, morte de froid, accrochée à ma basse et au radiateur, mais je savais que c'était une opportunité qui ne se représenterait sans doute pas deux fois. Je connaissais déjà la musique du groupe, je devais me donner à fond et c'est ce que j'ai fait pendant les essais qui, finalement, ont duré trois jours." Trois jours durant lesquels Manou passe de la basse, à la batterie et au djembé. Elle chante, elle danse pour se réchauffer et après ces trois jours, son pari est gagné : Marie et les autres membres du groupe lui souhaitent bienvenue chez Zap Mama. Cette année-là, avec son premier salaire, Manou s'offre son cadeau de Nouvel An avec quelques semaines de retard : une guitare basse flambant neuve.

Depuis six ans maintenant, Manou Gallo est de toutes les tournées, parcourant le monde pour jouer la musique des Zap. En 1999, elle rejoint, pour quelques concerts, les Tambours de Brazza, où elle est la seule fille. "Ici, en Europe, j'ai appris l'ouverture, les mélanges de cultures et de musiques." Basée à Bruxelles, elle aime la diversité de cette ville métissée. Mais, tout au fond d'elle, Manou a toujours une petite musique dans la tête, venue en direct de Divo. "Quand je rentre au pays, je retrouve les couleurs des sons et des rythmes qui m'ont bercée durant toute mon enfance." C'est sans doute ce qui l'a poussé à écrire ses propres textes, mêlant français, anglais et langue dida pour dire les choses comme elles viennent, pour s'insurger ou encore pour garder présente à l’esprit la flamme de Marcelin Yacé, celui qui l'a mené jusqu'ici. Ces textes, elle les décline sur une musique qui l'habite depuis toujours, mais à laquelle elle a rajouté les influences récoltées tout au long du chemin. « La musique que j’ai voulu créée, c’est le mélange de tout ce qui a fait ma vie jusqu’ici : c’est mon histoire, mon parcours qui m’ont donné l’inspiration. » Pour donner forme à sa musique, Manou franchit un nouveau pas en 2001, en créant son propre groupe, avec des amis musiciens, un peu comme elle rassemblait, petite, ses copines et distribuait les rôles lors de ces concerts improvisés dans les cours de sa ville natale. Et aujourd’hui, en compagnie de son groupe « Le Djiboi », Manou a bien l'intention de répandre sur les ondes la musique de Divo.

Fin 2002, Manou co-produisait avec Michel Seba, Bilou Doneux, Patrick Dorcéan & Poney Gross de Zig Zag World son premier CD « DIDA ». Enregistré à Bruxelles au studio Dada avec le concours de quelques guests tels : Marie Daulne, Sabine Kabongo, Lene Christensen & DJ Grazzhopa, DIDA a été salué unanimement par la critique internationale.

Les années 2003 et 2004 marquent l’envol de la carrière internationale du Manou Gallo & Le Djiboi, avec des showcases remarqués dans les plus grands marchés professionnels tels le WOMEX à Séville (Espagne) en octobre 2003, le MIDEM à Cannes (France) en janvier 2004 dans le cadre de la soirée « Voices of the World » en compagnie des chanteuses Mariza, Ilenes Barnes et Stacey Kent et le MERCAT DE MUSICA de VIC (Espagne) en septembre 2004.

Manou donnera au cours de ces 2 années plus de 100 concerts dans les plus grands festivals européens tels que : Dunya Festival de Rotterdam (Hollande), l’AfroPfingsten Festival de Winterthur (Suisse), l’Africa Festival de Stockholm (Suède), le Natt Jazz Festival (Norvège), l’International Africa Festival de Wurzburg (Allemagne), le Topicana World Festival de Bregenz (Autriche), le Festival Couleur Café (Belgique), l’Open Air Frauenfeld  (Suisse), Les Francofolies de Spa (Belgique), les Francofolies de Montréal (Canada), le Nice Jazz Festival (France), le Sunsplash Festival (Autriche), le Nancy Jazz Pulsation (France), le Mundial Festival de Tilburg (Hollande), le Dos Atlanticos Festival (Portugal), le Kesse Festival de Taragona (Espagne),le Dialecta Festival (Belgique)..... et dans les clubs tels que : the Szene à Vienne (Autriche), l’AB et le Botanique à Bruxelles (Belgique), le Kemia Bar à Londres (UK), le China Club et la Cigale à Paris (France), la sala  Taboo à Madrid  & la sala Tarantos à Barcelone (Espagne), la Brotfabriek de Frankfort, le Laboratorium de Stuttgart, le Malzhaus de Plauen, le Tafelhalle de Nürnberg, le Langendreer de Bochum, le Tollhaus de Karlsruhe & le Welthaus de Bielefeld (Allemagne), la Kulturfabriek de Kufstein & le Treibhaus de Ingolstadt (Autriche)…

Cette année 2005, un second projet « live », complémentaire à celui du « Djiboi », le MANOU GALLO EXPERIENCE a vu le jour en mai 2005. Un trio explosif où elle donne libre cours à ses nouvelles inspirations de femme moderne africaine de la diaspora. Actuelle et cosmopolite car source de ses voyages à travers le monde et de sa vie en Europe, son inspiration reste toujours enracinée dans ses origines africaines.

Axé sur un travail original de recherches à partir de polyrythmies africaines qu’elle fusionne avec le blues, le funk, le groove et le rock, Manou Gallo chante l’Afrique, la Côte d’Ivoire, les villes, les femmes, ses douleurs et ses joies.

2005 est aussi l’année de sa première tournée aux Etats-Unis avec un concert au Hot House de Chicago et 2 concerts au Festival International de Louisiane. En mai 2005, Manou donna 2 concerts à l’OllinKan World Music Festival de Mexico City (Mexique) et le 2 septembre elle a participé au Jo’burg Arts Live Festival de Johannesburg en Afrique du Sud.

En novembre 2005, Manou participait avec la comédienne Carole Kamera, à la création de la pièce de théâtre « LA FEMME FANTÔME » écrite par l’anglaise Kay Adshead et mis en scène par l’écossais Michael Batz. Cette oeuvre c’est joué avec grand succès durant 1 mois au Théâtre de Poche à Bruxelles. Une reprise est déjà prévue en janvier  2007. Manou a créé et interprété tous les décors musicaux. Une très belle expérience et une très belle rencontre avec un nouveau milieu artistique.

En 2006, Manou a produit en compagnie de Patrick Dorcean son 2ème opus « MANOU GALLO ».

Domptant sa pudeur, transgressant les barrières imposées par sa culture, son éducation, ses racines, Manou Gallo est allée chercher au fond d’elle les ressources nécessaires à l’écriture de cet opus très personnel. Un album intime. Empli  des sons de ses deux « chez elle », Abidjan et Bruxelles, mais aussi des différents univers qu’elle a croisés. Porté par la joie et la révolte, la colère et la générosité, la douleur et l’espoir.

Le CD est sorti officiellement fin févier 2007 en Belgique et est distribué aussi en Hollande, Allemagne, Suisse, Autriche, Angleterre, Espagne, Portugal, Afrique du Sud, Côte d’Ivoire et est en vente sur Itunes aux USA.

Avril 2007 verra la sortie du très beau et émouvant documentaire de 52’ « Manou Gallo – Femme de Rythme » réalisé par Jean-Philippe Martin grâce à une co-production franco-belge, Iota Production et Crescendo Films. Le film retrace le parcours de Manou depuis son enfance à Abidjan jusqu’à sa vie actuelle à Bruxelles. « En la suivant à Abidjan après l’enregistrement de son second album puis de retour à Bruxelles pour la préparation scénique de sa nouvelle tournée.., nous partageons un moment de sa vie, basée sur le rythme, pour comprendre le rapport au monde de cette jeune femme et prendre le pouls de sa vie métissée”.

2007 est aussi l’année du retour artistique de Manou en Côte d’Ivoire. Avec la sortie de son CD au pays, doublé d’une promotion intensive et de la diffusion du documentaire sur la Radio Télévision Ivoirienne, Manou assume et défend sa musique qui va pourtant à l’encontre des courants musicaux ivoiriens.

En 2007, Manou fut l’invitée spéciale de Manu Dibango pour une série de concerts dont celui prestigieux au Casino de Paris fêtant ses 50 ans de carrière musicale. Une rencontre très touchante entre 2 générations de la musique africaine.

En 2008 elle créait son nouveau groupe semi-acoustic le Women Band. Elle tourne en Europe et commence à préparer les démos de son nouveau CD « LOWLIN » (voyages) qu’elle enregistrera entre Abidjan, Bruxelles, Copenhagen et Budapest durant l’été 2009.

Parmi les voyageurs qui ont embarqués avec elles, notons Kahdja Nin, Marie Daulne, Laïla Amezian, Lene Christensen, Manu Hermia, Baï Kamara, Tanga Rema et bien d’autres …

Manou a réalisé une tournée avec le Women Band fin 2009 à Haïti, au Guatemala, au Costa Rica et au Québec. En mars 2010, elle était l’invitée spéciale du batteur hollandais Lucas Van Merwick qui avec l’aide d’un all stars band revisite le répertoire de Manou pour une série de 11 concerts.

En octobre 2009, Manou Gallo a été désignée par les MAMA Awards 2009 (MTV Africa) comme la “meilleure artiste scène” de Côte d’Ivoire 2009.

« LOWLIN » son 3ème album, produit par IGLOOMONDO, est sorti en Europe en février 2010.